Par Lilian Schaer
Comme de nombreux pays, le Canada est confronté à une pénurie grandissante de vétérinaires, en particulier dans les régions rurales et éloignées et surtout pour les soins aux grands animaux et au bétail. Les cliniques en activité peinent à répondre à la demande, si bien que les vétérinaires et leur personnel sont débordés.
Un duo père-fil de l’Ontario a trouvé une solution qui vient en aide aux cabinets vétérinaires et aux agriculteurs : une plateforme de télémédecine appelée VETSon, mise au point par le vétérinaire Glen Yates et son fils Colin.
Les cliniques vétérinaires adhèrent au service VETSon et fournissent à leurs clients un accès au système, ce qui permet à ces derniers d’accéder à leurs cabinets par voie numérique, notamment à des consultations à distance et à des services virtuels de vétérinaires suppléants pour combler les lacunes temporaires.
Axée sur les cabinets vétérinaires mixtes et sur les cabinets spécialisés dans les animaux de ferme, la plateforme VETSon compte jusqu’ici une dizaine de cliniques situées en Ontario, en Alberta, à l’Île-du-Prince-Édouard et au Yukon. De nombreux éleveurs n’ayant pas accès à un vétérinaire ont ainsi pu consulter un cabinet vétérinaire en téléchargeant l’appli VETSon sur Google Play ou dans l’App Store.
En plus des services vétérinaires, un élément clé du système est la commande et la livraison en ligne de médicaments pour animaux. Depuis toujours, les clients doivent se procurer les médicaments sur ordonnance auprès de leur clinique vétérinaire, une approche lourde et peu pratique pour les deux parties.
L’année dernière, le duo Yates a obtenu du financement dans le cadre du volet Commercialisation de l’Initiative ontarienne pour la recherche agroalimentaire (IORA) pour améliorer sa plateforme pour les vétérinaires de l’Ontario. L’IORA est financée par les gouvernements du Canada et de l’Ontario par l’intermédiaire du Partenariat canadien pour une agriculture durable (PCA durable), une initiative fédérale-provinciale-territoriale sur cinq ans. « L’une des fonctions essentielles du modèle d’entreprise consiste à simplifier l’accès des clients aux médicaments. Grâce à notre système de commande en ligne, les cabinets vétérinaires envoient les ordonnances à leurs distributeurs et ceux-ci expédient les produits directement aux clients, explique Colin Yates. Cela permet aux vétérinaires d’économiser sur les stocks et de réduire le temps consacré par le personnel à la gestion de ces stocks et à l’expédition des commandes. »
Pour l’instant, l’option de commerce électronique n’est offerte qu’en Ontario, car il est difficile d’expédier des médicaments directement aux exploitations agricoles d’une province à l’autre – chaque province possède ses propres règles pour encadrer les vétérinaires – mais M. Yates souligne que c’est la fonction la plus demandée par les cliniques avec lesquelles il travaille.
« Dans la plupart des secteurs, l’expédition de marchandises directement aux clients est monnaie courante; tout le monde est habitué à recevoir des livraisons d’Amazon. La médecine vétérinaire accuse du retard dans ce domaine. Nous contribuons à rattraper ce retard d’un point de vue technologique. »
Grâce au financement de l’IORA, VETSon a fait l’objet d’un projet pilote de commerce électronique auprès de quelques cliniques et d’un distributeur de l’Ontario, ce qui a ouvert la voie à l’adhésion d’autres cabinets de l’Ontario. Un investisseur en capital-risque a aussi manifesté son intérêt à collaborer avec l’entreprise à la suite du succès du projet pilote.
« À l’heure actuelle, plusieurs commandes sont expédiées chaque semaine à des fermes isolées qui, n’ayant pas accès à une clinique, ne pourraient pas obtenir de médicaments autrement, et c’est là le principal avantage de cette plateforme. Depuis le lancement de l’appli, plus de 600 propriétaires d’animaux, principalement en Ontario, communiquent avec nous pour avoir accès à des services vétérinaires. »
Le marché canadien est complexe, car les règlements diffèrent d’une province à l’autre, mais, selon M. Yates, l’Ontario est très avant-gardiste en ce qui concerne la télémédecine et la possibilité de faire parvenir des médicaments directement aux exploitations agricoles pour le compte d’un vétérinaire par l’intermédiaire d’un distributeur. Cela fait de l’Ontario un modèle à suivre, souligne-t-il.
« L’exemple de l’Ontario montre que ce système fonctionne : les ordonnances sont émises et nous sommes en mesure de suivre les médicaments. Ce fonctionnement rassure les organismes de réglementation et ouvre la voie à de nouvelles possibilités. »
Récemment, VETSon a établi un partenariat avec le gouvernement du Yukon pour fournir des services de télémédecine aux agriculteurs de ce territoire. Cette initiative a tout changé pour Bridget Hurlburt, exploitante de ferme mixte qui n’avait accès à aucun service vétérinaire pour ses 150 vaches, ses 200 cochons, ses 75 chevaux en pension et son petit troupeau de moutons. Aujourd’hui, elle utilise régulièrement VETSon en cas d’urgence sanitaire; il lui suffit d’ouvrir l’appli et de réserver une visite en cas de besoin.
« Pour nous, il s’agit d’un service essentiel. Il n’y a aucun vétérinaire spécialisé dans les animaux d’élevage au Yukon, alors cette plateforme est extrêmement utile. L’appli nous enseigne aussi comment effectuer certaines procédures par nous-mêmes, dit-elle. Nous n’avions jamais eu accès à autant d’informations pour savoir quels médicaments utiliser, ce qu’on faisait correctement ou pas. Nous sommes extrêmement satisfaits de la rapidité du service et reconnaissants de pouvoir toujours compter sur sa disponibilité. »
Pour VETSon, le projet pilote de l’IORA représente un tremplin vers l’expansion à l’échelle nationale et internationale dans un contexte où la pénurie de vétérinaires spécialisés dans les grands animaux est un problème planétaire ayant de vastes répercussions.
« S’il est impossible de faire parvenir des médicaments à une ferme, ni les éleveurs ni les vétérinaires ne sont avantagés. Le financement de l’IORA a permis d’accélérer les choses et d’encourager nos partenaires à participer au projet pilote, ajoute M. Yates. Le lancement de la plateforme VETSon représente la mise en place d’un service essentiel destiné à soutenir la viabilité des cabinets vétérinaires spécialisés dans les grands animaux. »
