Par Lilian Schaer
SEVO Bioscience, une jeune entreprise du Cap-Breton, utilise le génie génétique, la lumière du soleil et des microalgues pour s’attaquer à un problème chiffré à plus d’un milliard de dollars dans le secteur mondial de l’aquaculture, grâce à du financement obtenu dans le cadre du programme GreenShoots.
Sous la direction de Dilan Jaunky, SEVO a mis au point une nouvelle méthode d’administration de vaccins oraux susceptibles d’aider les saumons d’élevage à lutter contre les poux de mer, un parasite qui coûte à l’industrie mondiale – dont les principaux acteurs sont la Norvège, l’Écosse, le Chili et le Canada – plus de 1,1 milliard de dollars par année en pertes de poissons et près de 750 millions de dollars en efforts d’éradication. Les poissons touchés sont souvent éliminés ou réorientés vers d’autres usages, ce qui suscite des inquiétudes supplémentaires quant à l’impact sur l’environnement.
Au lieu de se concentrer sur un traitement, SEVO mise sur une solution qui préviendrait l’apparition de maladies chez les poissons.
« Nous utilisons la biologie synthétique pour concevoir des microalgues qui, ajoutées aux aliments des poissons, déclenchent une réponse immunitaire contre les poux de mer, explique M. Jaunky. Les poissons ingèrent ces microalgues, leur système reconnaît les protéines des poux de mer et commence alors à développer une immunité tout au long de leur cycle de vie – ce que les vaccins actuels ne permettent pas au-delà du stade juvénile. »
Fonctionnement
Contrairement aux vaccins traditionnels administrés par injection aux saumoneaux, cette innovation procure un soutien immunitaire tout au long de la vie grâce à un supplément alimentaire sous forme de granulé. En utilisant des microalgues génétiquement modifiées, SEVO allie une croissance naturelle efficace à des capacités personnalisées de lutte contre les maladies. Il en résulte une population de poissons plus résiliente et un moins grand nombre de traitements néfastes pour l’environnement comme les bains chimiques, qui peuvent nuire à la fois aux poissons et au milieu marin environnant.
L’entreprise se prépare actuellement à mener des essais pilotes en partenariat avec le Verschuren Centre afin d’évaluer la digestibilité et l’efficacité du produit avant de s’associer à des exploitations commerciales pour effectuer des essais plus poussés. L’objectif est de réduire la mortalité chez les saumons, de réduire les émissions de carbone liées au gaspillage d’aliments pour poissons et de procurer aux éleveurs de saumons commerciaux un outil pratique pour lutter contre des problèmes de maladie de plus en plus répandus.
Le financement au titre du programme GreenShoots stimule la croissance à un stade précoce
Selon M. Jaunky, c’est le programme GreenShoots, une initiative conjointe d’Invest Nova Scotia, du Greenspring Bioinnovation Hub et de Bioenterprise Canada visant à aider les jeunes pousses technologiques de la Nouvelle-Écosse à combler les lacunes critiques en matière de développement, qui a aidé la jeune entreprise à démarrer.
« Nous venions de déménager de Montréal au Cap-Breton et nous étions en train d’installer notre laboratoire au Verschuren Centre lorsque nous avons entendu parler de GreenShoots. Ce programme nous a aidés à nous établir, à mener les premières expériences et à faire appel à des experts-conseils pour affiner notre modèle d’entreprise », explique-t-il.
Le programme a aussi permis à SEVO de réorienter ses activités, passant de la nutrition à la santé des poissons, d’élaborer une stratégie de marché et de franchir les étapes clés de la planification commerciale, dont la mise au point de deux secrets commerciaux exclusifs. Le financement a aussi permis à l’entreprise d’accéder plus rapidement au matériel et aux équipements essentiels pour tester les produits.
« L’accès à ce genre de soutien a tout changé, affirme M. Jaunky. Nous avons pu prendre de l’élan plus rapidement et nous positionner pour passer à l’échelle supérieure. »
Façonner l’avenir, préserver la santé des océans
Si le saumon est sa première cible, SEVO ambitionne de protéger un plus grand nombre d’espèces, de s’attaquer à un éventail élargi de maladies, et de s’associer avec des fabricants d’aliments pour animaux pour intégrer son innovation dans la chaîne d’approvisionnement en aliments aquacoles.
SEVO devra toutefois obtenir l’approbation réglementaire de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) pour un nouvel ingrédient destiné à l’alimentation animale avant de pouvoir mettre son produit sur le marché, ainsi que l’approbation de Santé Canada si elle souhaite lancer son produit sur le marché des vaccins.
« Nous voulons contribuer à rendre l’aquaculture plus durable, sur les plans environnemental et économique, dit M. Jaunky. Cette technologie améliore les chances de survie des poissons, réduit le gaspillage et aide les éleveurs à rester productifs. »
L’année prochaine, SEVO espère mener des études pilotes complètes dans des exploitations commerciales. Dans un horizon de trois à cinq ans, l’entreprise souhaite élargir sa gamme de produits et travailler avec un plus grand nombre de producteurs dans le secteur de l’aquaculture.
« Nous sommes émerveillés du soutien accessible ici, au Canada atlantique, dit M. Jaunky. Le Verschuren Centre, les autres domaines de spécialité de l’Université Dalhousie et le Conseil national de recherches forment un écosystème complet qui peut nous aider à mettre en œuvre notre innovation. »
Lancé en 2020, le programme GreenShoots a été offert à neuf cohortes et a permis de soutenir 48 entreprises de la Nouvelle-Écosse dans leur parcours du concept à la commercialisation. Pour obtenir plus d’information sur ce programme, consultez le site Web bioenterprise.ca/programs/greenshoots [en anglais seulement].
