Par Lilian Schaer
La durabilité est en train de transformer les secteurs de l’agriculture et de l’énergie, et l’entreprise ontarienne Grain Discovery mène la charge pour guider les agriculteurs et les producteurs de biocarburants dans cette transition.
Grâce au soutien du volet Commercialisation de l’Initiative ontarienne pour la recherche agroalimentaire (IORA), l’entreprise a comblé une lacune technologique cruciale dans la mesure de l’intensité carbone (IC) associée à la production céréalière. Cette démarche pourrait ouvrir l’accès à des marchés de grande valeur pour les agriculteurs et à des matières premières à faible intensité carbone pour les usines de biocarburants.
L’IORA est financée par les gouvernements du Canada et de l’Ontario par l’intermédiaire du Partenariat canadien pour une agriculture durable (PCA durable), une initiative fédérale-provinciale-territoriale sur cinq ans, et est mise en œuvre par Bioenterprise Canada.
« Ce financement a été crucial pour accélérer notre feuille de route, recruter de nouveaux employés et développer notre technologie plus rapidement que ce que nous aurions pu faire seuls; c’est une véritable manne pour les entreprises en démarrage », affirme Rory O’Sullivan, directeur général de Grain Discovery.
Du soya IP à la mesure de l’intensité carbone
Grain Discovery s’est taillé une réputation de chef de file mondial de la traçabilité du soya à identité préservée (IP) en développant une plateforme numérique qui aide les agriculteurs et les entreprises de transformation à consigner et à communiquer des renseignements sur les cultures de manière fluide.
Ce dernier projet a élargi cette base, permettant à l’entreprise de recueillir des données au champ, notamment sur les méthodes de labour, les épandages d’engrais et l’emplacement des champs, afin de générer des cartes de notation de l’intensité carbone à l’intention des usines d’éthanol et des acheteurs de grains. En partenariat avec l’entreprise IGPC Ethanol d’Aylmer et des silos à grains locaux, Grain Discovery a testé cette approche auprès d’agriculteurs qui utilisaient l’application de l’entreprise pour soumettre des mesures de la durabilité. IGPC, pour sa part, a offert des primes pour ces données, créant ainsi l’un des premiers exemples d’incitations fondées sur l’IC pour les agriculteurs.
« La communication de l’intensité carbone est encore assez récente pour les agriculteurs canadiens, mais ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle devienne plus courante, voire obligatoire dans certains cas, explique M. O’Sullivan. Notre projet a montré qu’il est possible de recueillir les bonnes données, de générer des cartes fiables de l’intensité carbone, et surtout, d’étendre ce processus d’un petit nombre d’agriculteurs à des milliers dans la province. »
Emplois, croissance et préparation à la commercialisation
Le financement de l’IORA a eu un impact direct sur la trajectoire de croissance de Grain Discovery, souligne M. O’Sullivan. Il a permis à l’entreprise de créer cinq nouveaux emplois, de faire progresser le niveau de maturité technologique (NMT) de sa plateforme, de renforcer sa stratégie en matière de propriété intellectuelle et de préparer le terrain pour des possibilités de commercialisation dans les secteurs de l’agroalimentaire et des biocarburants.
« Notre technologie peut évoluer rapidement, dit M. O’Sullivan. Si nous nous sommes d’abord concentrés sur les biocarburants, cette même plateforme peut aussi s’adapter au soya à identité préservée et aux cultures alimentaires. Dans l’avenir, par exemple, une acheteuse au Japon pourrait non seulement connaître l’origine du soya qu’elle achète, mais aussi l’intensité carbone liée à sa production. »
Préparer l’Ontario pour l’avenir
Comme l’éthanol consomme déjà environ 40 % des récoltes de maïs en Amérique du Nord, les États-Unis ont déjà mis en place un crédit d’impôt qui verse aux usines d’éthanol une prime pour l’approvisionnement en grains à faible intensité carbone. Bien que le Canada ne dispose pas encore d’un mécanisme similaire, M. O’Sullivan estime que c’est inévitable – et Grain Discovery s’assure que les agriculteurs et les transformateurs de l’Ontario soient prêts.
« L’objectif de ce projet était d’agir de manière proactive et de préparer l’industrie. Nous avons validé le concept, mis au point les outils et montré que les agriculteurs peuvent être récompensés pour leurs pratiques durables. Quand le marché canadien s’engagera dans cette voie, nous serons prêts. »
Pour M. O’Sullivan, l’investissement de l’IORA a tout changé. « Ce financement nous a permis d’accélérer le développement de nos produits, de valider notre approche auprès de partenaires de l’industrie et de nous préparer à croître. Il a permis à Grain Discovery de passer d’une idée prometteuse à une réalité commerciale », conclut-il.
